mardi 17 juillet 2018

Quand Didier Deschamps revisite Jack Welch


Le comportement prime sur la performance. La victoire de l'équipe de France en Coupe du Monde est l’occasion d’illustrer la fameuse "matrice de performance" de l’ancien PDG de General Electric par un nouvel exemple.



Que dit cette matrice? Qu’un collaborateur qui ne donne pas satisfaction en termes de performance mais partage les valeurs de l’entreprise doit se voir offrir une seconde chance (et une formation), alors qu’il est juste de se séparer d'un collaborateur qui ne respecte pas les valeurs de l’entreprise, quand bien même ses performances seraient exceptionnelles.

Mais quel rapport avec l’équipe de France de football?


Son sélectionneur et coach, Didier Deschamps, a choisi depuis longtemps de se passer des services de celui qui est pourtant peut-être le meilleur attaquant français de la décennie, qui est un titulaire indiscutable depuis neuf ans dans le plus grand club du monde (le Real Madrid), à savoir Karim Benzema. Et ce pour des raisons comportementales d’une part, et du fait des démêlés judiciaires de celui-ci, d’autre part. 

D’autres joueurs très talentueux ont été écartés de l’équipe de France ces dernières années en raison de leurs comportements, de leur ego démesuré ou de la mauvaise gestion de leurs émotions (ben Arfa, Ménez, Nasri...).

Il est vrai que l’équipe de France a appris dans la douleur toute la valeur de cette matrice de Jack Welch : l’épisode catastrophique de la grève des joueurs dans le bus en Afrique du Sud lors de la Coupe du Monde 2010 n’aurait sans doute pas eu lieu si quelques joueurs de l’époque, brillants techniquement mais défaillants sur le terrain des valeurs, avaient été sagement écartés à temps pour cette raison.

Dans le monde de l'entreprise, je vois trop souvent des dirigeants excuser des comportements indignes de la part de certains de leurs cadres (machisme, violence verbale voire harcèlement), au motif que les résultats exceptionnels de ceux-ci « ne permettent pas » de les sanctionner. Que la fin justifie les moyens, en quelque sorte.

Le prix à payer à terme pour un tel raisonnement est pourtant très élevé : démissions, risques psycho-sociaux, dégradation de la réputation de l’entreprise et difficultés à recruter les meilleurs.

Alors que nul n’est irremplaçable. Pas même Karim Benzema, comme on l’a vu dimanche.   

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